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Déjà il y a ce nom « ROMANCE », à la fois un peu intriguant et véhiculant une image assez décalée par rapport à l’idée que l’on peut parfois se faire du jeune rock hexagonal d’aujourd’hui : garage, un peu brut, celui qui fonce dans le tas et qui est bourré d’influences venues d’un père ou d’un grand frère qui a gardé ses vieux vinyles ou qui est inspiré par d’inlassables recherches de vieux clips sur YouTube… ROMANCE échappe à de nombreux clichés en vigueur pour proposer une étonnante palette de chansons peu banales. Certes, il y a une certaine dose de romantisme en elles, de la mélancolie parfois, mais on y discerne aussi énormément de surprises.

Pour le pas encore trentenaire Charles Crocq qui chante et écrit les paroles du groupe cofondé (d’abord dans une première mouture en 2021) avec le guitariste chanteur Pierrick Orfao, le choix de ce nom n’a rien
d’anodin. «C’est un mot super joli, simple, qui véhicule toute une symbolique, il traverse les générations ».
Un mot « véhiculé aussi par des jeunes gens mödernes » ajoute-t-il en évoquant ces compils de groupes du
tournant des 80s. Les sons et l’esprit du début des années 80 justement, Charles y est géographiquement attaché. Il a en effet grandi à Rennes ; là où il avait d’ailleurs joué dans un premier groupe, The Flashers. Rennes, une ville marquée pour toujours par l’empreinte de Marquis de Sade : un groupe dont il explique être « un fan hardcore » et qui fait intrinsèquement partie de son ADN.

Pourtant, lorsqu’on découvre les chansons de promis ce soir le premier album de ROMANCE, l’influence de Philippe Pascal et des siens n’a rien d’évident. On a là plutôt affaire à une espèce de foisonnement d’idées qui s’entrechoquent et se répondent de manière libre, jouissive et autonome.

C’est une certitude, il y a toutes sortes de vies bien différentes chez ROMANCE !
Ça bouillonne de partout. Une impression première qui pourrait se justifier par l’abondance
des références citées par le groupe : pèle mêle (et entre autres), ses membres évoquent
Jean-Louis Murat, le punk rock de 1977 (Buzzcocks, Stranglers ou les Olivensteins),
Thiéfaine, Marie et les Garçons ou les Wampas… Charles avoue aussi éprouver une certaine
tendresse pour la vague yéyé des années 60.

Tellement de sources possibles que leur mise en commun dans un même shaker musical débouche obligatoirement sur une véritable originalité à la fois touffue, maitrisée et enthousiasmante. Un drôle
de micmac d’où émerge une indéniable personnalité.

« Si le qualificatif n’était pas connoté de façon si péjorative et passéiste
j’aimerais pouvoir dire que nos chansons sont de la variété française mais rock, simplement parce que j’aime faire des chansons de teneur variée, différentes, et que j’ai me écrire en français », rajoute le chanteur qui se dit « obsédé par l’art du refrain ». Refrains et titres de chansons qui percutent : D’la faute à moi, le premier single, ou Cigarettes et Verveine, le deuxième, accrochent irrémédiablement l’attention de ceux qui les découvrent… En plus
les textes, souvent proches de la langue parlée (celle que l’on peut parfois entendre dans les bistrots…) sont bien ficelés et assez intelligents pour ne pas être trop précis. Il plane même un certain mystère dans les histoires racontées.

Aujourd’hui ROMANCE, groupe qui vit à Paris, c’est Pierrick Orfao (guitare et voix), Charles Croq (chant), Massinissa Haddag (omnichord, synthé, sax), Maxime Charray (batterie), ils jouent ensemble depuis maintenant trois ans. Emma Groult, leur bassiste (qui chante elle aussi) les a rejoints peu après l’enregistrement de leur album.

Ce premier album, justement… il a été enregistré à Rennes au studio Disco Casino et a été réalisé par James Eleganz, l’ex-chanteur des electro-rock Success, lui-même auteur d’albums à tendance Americana (sortis chez ZRP) fort recommandables. Le savoir-faire de ce dernier a été entièrement bénéfique pour les membres du groupe, les aidant par exemple à se dégager d’influences années 80 un peu trop marquées pour mieux coller avec naturel aux paroles de leurs chansons. Des chansons d’abord bidouillées par Charles sur GarageBand (« pourtant je ne suis pas un as de la technique !» s’amuse-t-il) avant qu’elles prennent réellement forme lors de répétitions avec le groupe qui se trouve aussi être une solide bande de potes capable de faire corps en toutes occasions, même lorsque les conditions techniques d’un concert ne sont pas idéales.

C’est d’ailleurs là un autre point fort de ROMANCE : la scène… A Paris comme en province, le groupe a déjà joué dans pas mal de petits endroits (« on doit être assez rigolos à voir en live » résume leur chanteur). C’est d’ailleurs suite à un concert que le groupe s’est vu proposer d’enregistrer cet album… Preuve qu’il n’y a pas forcément besoin de créer le buzz sur le net ou d’avoir des millions de vues pour intéresser ou séduire un public ou un label.
Des bonnes chansons, un groupe aux idées originales, une présence indéniable : cela peut encore suffire pour passer à l’étape supérieure ! Pour ROMANCE, ce bond en avant se nomme Promis ce soir et il mérite sérieusement qu’on s’y attarde.

Eric Tandy (Février 2026)